• Syrie,Médias: Ca bouge, à Droite. En attendant de réhabiliter Bachar-el-Assad ?

     
     
    Lundi 10 septembre 2012

     

    Réinformation : ça bouge de plus en plus à droite

    Par Louis Denghien,


     

    Jaml Sayyed vient d’administrer un véritable cours de rattrapage sur la Syrie aux lecteurs du Figaro – et donc aux pontes de l’UMP

     

    Bien que notre page Facebook s’en soit fait rapidement l’écho, il nous faut revenir sur l’entretien accordé par Jamil Sayyed, ancien directeur de la Sûreté générale libanaise, au Figaro, dans son édition du 3 septembre, et qui est, à l’échelle de la presse française – rubrique « International et Proche-Orient » -, un petit événement.

     

    Il y a bien sûr tout ce que dit Sayyed dans cette interview qui occupe une grosse demi-page du Figaro et dont le titre – « L’écroulement de la Syrie serait catastrophique » – a valeur d’avertissement dans ces pages d’ordinaire atlantistes et anti-Bachar. Et si justement le Figaro se décide à accueillir cet avis divergent, c’est qu’il est assez « autorisé » : né dans une famille chiite libanaise en 1950, le général Jamil Sayyed a dirigé les services secrets de son pays de 1998 à 2005, date de sa démission suite aux polémiques consécutives à l’assassinat de Rafic Hariri, affaire non élucidée à ce jour mais qui lui aura valu néanmoins quatre années d’emprisonnement sur décision d’un tribunal mandaté par l’ONU ; Jamil Sayyed sera finalement libéré faute de preuves contre lui. C’est, sans mystère, un pro-syrien, et même un proche de Bachar al-Assad, mais tout ce qu’il dit dans son entretien va bien au-delà de la défense d’un régime, et touche non seulement à l’équilibre de toute une région mais à une dénonciation du bourrage de crânes médiatiques sur la crise syrienne, auquel le Figaro a activement participé.

     

    « Assez d »hypocrisie (occidentale) ! »

     

    Jamil Sayyed commence par remette une première pendule à l’heure réelle : « La Syrie a un État et cet État est fort. Cela fait dix-huit mois qu’on nous prédit le renversement imminent du gouvernement de Bachar al-Assad et il est toujours en place ! » « Vous connaissez beaucoup d’États qui, placés dans la même situation, auraient si bien résisté ?«  demande Sayyed en répondant à une question du journaliste Renaud Girard sur le régime qui serait « aux abois« . Et Sayyed en quelques phrases replace tout dans une perspective géopolitique : la Syrie « est confrontée à une guerre médiatique planétaire sans précédent, à l’hostilité de tous ses voisins, à l’ingérence des pays arabes du Golfe qui consacrent des ressource financières illimitées à aider les rebelles« .

    Et pourquoi tant de haine ? « Parce que, explique Sayyed, l’État syrien n’a jamais voulu se plier aux diktats des Américains dans la région, que ce soit sur la question palestinienne, que ce soit sur le soutien aux mouvements de résistance Hezbollah et Hamas, que ce soit sur l’invasion de l’Irak, que ce soit sur sa relation étroite avec l’Iran« . En un mot (de Jamil Sayyed), la Syrie est « un empêcheur de tourner en rond« . Et l’invité du Figaro d’accuser la volonté de destruction du pays par les Américains, rejoints par leurs « vassaux » français et britanniques.

     Et à la remarque – sans doute faussement candide – de Renaud Girard sur le fait qu’on ne saurait reprocher aux Américains de « soutenir l’avènement de la démocratie au Proche-Orient », Jamil Sayyed, en une réplique lapîdaire aux postures et impostures de Juppé et de son successeur Fabius, dit : « Assez d’hypocrisie ! » Le régime syrien était certes « loin d’être parfait« . Mais il reste « de loin le meilleur » en regard de ce qui se fait dans les pays du Golfe alliés de Washington, de Londres et de Paris, en matière de liberté religieuse et de droits des femmes. Et Sayyed de rappeler la répression de la majorité chiite au Bahrein, opérée brutalement par les pétro-monarques avec le silence complice des Américains..

    À propos des Américains, Jamil Sayyed remet les choses en perspectives : selon lui, le « retrait américain peu glorieux d’Irak est une défaite occidentale sans précédent« . Et c’est pour tenter de compenser cet échec historique, et de le faire oublier, pour rassurer aussi ses alliés régionaux (du Golfe et d’Israël) que Washington tente de ranimer via la Syrie le conflit historique entre chiites et sunnites.

     

     

    En Syrie,rappelle en substance Jamil Sayyed,  les femmes peuvent être voilées ou non, musulmanes ou chrétiennes, et co-exister et travailler ensemble. Et dans le Golfe, M. Fabius ?

     

     

    De la Syrie comme « pull » des chrétiens orientaux

     

    Bien sûr, Jamil Sayyed est interrogé sur la « déferlante Frères musulmans » dans le monde arabe. Pour lui, cette vague fondamentaliste, appuyée par les occidentaux, met immédiatement en danger les communautés chrétiennes d’Orient. Et il use d’une métaphore vestimentaire ingénieuse : Contre cette vague de « froid » islamiste, ces chrétiens « disposaient d’un manteau, d’une veste et d’un pull« . « Ils ont perdu leur manteau en Irak, leur veste en Égypte et maintenant on voudrait qu’ils perdent leur pull en Syrie et qu’ils se retrouvent en sous-vêtements au Liban« . Cette relative crudité de l’image a le mérite de rappeler le lectorat en partie catholique du Figaro à certaines réalités grosso modo occultées par leur quotidien préféré. Assimilée à un pull, la Syrie est aussi plus classiquement décrite comme un « mur » de protection par le général libanais, un  mur dont « l’écroulement serait catastrophique« , même pour les gens qui n’aiment pas le régime syrien, car il provoquerait « de multiples guerres intestines » bien au-delà des frontières syriennes.

    Le journaliste Renaud Girard se fait l’avocat du diable, en l’occurrence la diplomatie occidentale, en insinuant que celle-ci ne demande que le départ de Bachar. « Mais ne comprenez-vous pas que le départ d’Assad aujourd’hui signifierait la dislocation de l’unité de la Syrie, le déchirement de son armée, l’anarchie, puis le déclenchement de petites guerres civiles partout en Syrie;, dont personne ne sortirait vainqueur, à l’exception des groupes fanatiques islamistes ? » Là encore, Jamil Sayyed dit tout en peu de mots. Et il revient sur la cause des chrétiens syriens, théoriquement chère au Figaro : « Les chrétiens seraient condamnés à l’exil. L »exemple de l’Irak ne vous a-t-il pas suffi ? » L’Irak où en effet la très grande majorité des chrétiens ont fui un terrorisme islamiste – armé et verbal – quotidien, et dont des centaines de milliers se sont précisément réfugiés en Syrie.

    Interrogé sur la solution qu’il préconise en Syrie, Jamil Sayyed ne fait certes pas preuve d’originalité, mais de bon sens et de modération. Comme la Russie et la Chine, comme le gouvernement syrien aussi – cf notamment une récente déclaration du vice-président syrien – il prône l’arrêt des violences et l’établissement d’un dialogue politique. À ce propos, il s’autorise de ses liens avec Bachar pour assurer que celui-ci « serait prêt à organiser des élections libres » si l’opposition jouait le jeu du dialogue, et si ces élections se tenaient dans « un climat de paix civile » et sous surveillance d’observateurs internationaux. La suite ?  « Si Bachar arrive à réunir 51% des voix, qu’il reste ; sinon qu’il quitte le pouvoir dignement, dans le calme, et qu’une amnistie générale soit prononcée » conclut Sayyed.

    Celui qui fut le chef de la Sûreté générale libanaise n’oublie pas d’évoquer son pays, si voisin, dans toutes les acceptions du terme, de la Syrie. Le Liban est certes une démocratie, mais une démocratie « dominée par de petites dictatures communautaires, qui volent l’État quand elles s’entendent entre elles et qui le détruisent quand elles se disputent« . Une analyse toujours actuelle à l’heure des incidents violents fomentés à Tripoli et ailleurs par des groupes islamistes sunnites radicaux encouragés plus ou moins ouvertement par le clan Hariri. Et à ce sujet Jamil Sayyed dément catégoriquement cette fable de la propagande de l’opposition radicale selon laquelle le Hezbollah aurait envoyé ses miliciens combattre aux côtés des soldats de Bachar : « Dans toute cette affaire, assène Sayyed, le Hezbollah est le parti libanais qui a montré le plus de retenue et d’esprit de responsabilité (…) Au Liban, le Hezbollah garde son calme et fait tout pour que le conflit syrien ne déborde pas chez nous« . Et, de fait, les miliciens du Parti de Dieu libanais sont restés l’arme au pied face aux quotidiennes provocations des groupes ASL syriens et pro-ASL libanais, dans le Nord Liban et aux confins de la Bekaa.

     

    Le Figaro et l’UMP de plus en plus mal à l’aise ?

     

    Les propos tenus par le général Sayyed n’apprendront rien aux amis d’Infosyrie. Mais ils ouvriront peut-être pas mal d’yeux chez les lecteurs du Figaro, parmi lesquels nombre de militants, de cadres, d’élus et de dirigeants de l’UMP. Bien sûr, cet entretien, nourri d’arguments aussi forts que simples, sera sans influence sur des Sarkozy, des Juppé ou des Fillon, formatés sur le dossier syrien par leur américano-sionisme, leur arrogance ou leu soumission au politiquement correct. Mais il ne peut manquer de faire réfléchir les autres, qui ne peuvent pas facilement et durablement assumer que leurs dirigeants favorisent l’islamisme en Syrie au nom de la démocratie, accablent Bachar en multipliant les courbettes à l’émir du Qatar, pleurnichent sur le sort des chrétiens d’Orient en faisant tout pour abattre un de leurs derniers défenseurs.

     

    C’est la conscience grandissante de ces contradictions énormes et absurdes, conscience sans doute hâtée par la multiplication de témoignages sur la barbarie et le sectarisme religieux de nombre de rebelles syriens, qui explique la publication par le Figaro de cet entretien-choc de Jamil Sayyed, le premier à notre connaissance où Bachar al-Assad et son gouvernement sont aussi nettement défendus. Il est vrai aussi que le journaliste Renaud Girard avait déjà, voici des mois, mis en garde contre le caractère des groupes armés (voir notre article « Renaud Girard du Figaro : « Si Bachar est renversé, la liberté religieuse sera balayée en Syrie , mis en ligne le 3 février 2012). Mais il n’est pas exclu que ses supérieurs hiérarchiques aient éprouvé le besoin de « rétropédaler » quelque peu sur le dossier syrien, qui dégage des relents de plus en plus forts de manipulation américaine, de pétrole qatari et de haine religieuse islamiste.

     

    Le mouvement semble d’ailleurs dépasser le cadre du Figaro – et même de la droite-, de certains articles de l’hebdomadaire crypto-sarkozyste Valeurs Actuelles au récent appel contre le risque de dictature islamiste en Syrie lancé dans le Monde par les députés (PS) Gérard Bapt et UMP Marc Le Fur, sans oublier de récentes et fermes déclarations de Jean-Pierre Chevénement.

     

    Dans une partie de plus en plus importante de la presse française, à défaut de réhabiliter Bachar §, on ne croit plus, ou nettement moins, aux fables bobos du printemps syrien.

     

    § Note de Chantal Dupille : Le vrai Bachar-el-Assad, à contre-courant + vidéo Bachar à visage découvert

     

     

    Sortie de messe en Syrie : la chute de Bachar signifierait cette fois la sortie des chrétiens de l’histoire de ce pays et de tout le monde arabe : tout le monde le savait plus ou moins, mais de plus en plus le disent ou le laissent dire, même au Figaro

     

    Et ceux qui,  comme moi, osent défendre la vérité, sont abusivement assimilés par les larbins de la Pensée Unique mensongère, à des défenseurs de dictateurs  !  Honte à ces minables qui diffament comme ils respirent ! L'Histoire nous rendra justice. Pour ma part, j'ai toujours le tort d'avoir raison trop tôt.... De toutes façons, je ne plierai pas : La Vérité d'abord, quel que soit le prix à payer ! Pas de journalisme sans vérité, pas de journalisme sans neutralité ! Quoiqu'il arrive, ayons le courage de dire et de proclamer haut et fort la Vérité ! Chantal Dupille

     

     

     

     

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