• La faim dans le monde, un scandale - Arme de la faim - Famine provoquée

     
     
    Mardi 26 juillet 2011

     

     

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    Il y a de quoi nourrir 12 milliards d'individus.

     

    Et pourtant des enfants meurent de faim.

     

    Ils sont donc assassinés ! (Jean Ziegler)

     

     

     

    Notre monde est immonde !

     

    C.D.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    «Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez la population.» Ces mots d’Henry Kissinger cités par le professeur Michel Chossudovsky résument, mieux que mille discours, l´état des lieux du monde. En effet, cette devise est mise en oeuvre d´une façon magistrale. Le pétrole est sous contrôle et on dit, souvent : suivez les routes du pétrole pour voir où sont implantées les bases américaines. De plus, à travers la nourriture, on peut tenir en apnée des peuples entiers et les faire basculer, à volonté, dans la famine par bioéthanol interposé.

    Qu´en est-il de la récurrence des famines dans l´histoire? La pénurie alimentaire se fit sentir dès le printemps. En chaque pays le prix du blé enfla: en France, l´hectolitre qui valait 17,15 francs monta à 39,75 francs et même à 43 francs à la fin de l´année... La crise des subsistances se traduisit aussitôt par des désordres populaires...»


    Famine au moyen age

    L´historien Charles Pouthas décrivait la situation agricole européenne entre 1847 et 1848. Parti d´Italie, le vent de révolte gagnait la France puis Vienne, tout l´Empire austro-hongrois et bientôt les Etats allemands et même la Suisse. Phillippe Chalmin fait l´analogie avec le Printemps arabe. En Tunisie, en Egypte, ils vivent la même exaltation. Une situation très difficile, le prix du pain est d´autant plus douloureusement ressenti que le travail manque: plus de la moitié des ouvriers parisiens sont au chômage.

    Pour l´histoire, l´Algérie connut aussi plusieurs famines, celle de 1868 fut particulièrement atroce, la population algérienne, d´environ 3 millions à la veille de 1830, était tombée à 2,2 millions en 1872, du fait des morts de la conquête, que Jacques Frémeaux a évalué à environ 400.000, et des victimes de l´épouvantable famine de 1867-1868 qui fut, peut-être bien, à elle seule aussi meurtrière. Se produisit ensuite ce que les Québecquois appellent une «revanche des berceaux».

    Les nouvelles ruptures géo-agricoles

    Les émeutes de la faim se rappellent d´une façon récurrente à notre bon souvenir, les pays du Sud dépendant, pour leur survie, d´un Nord opulent qui, à bien des égards, est responsable de ces malheurs. Certes, le Nord jette des miettes sous forme d´APD qui, malheureusement, demeure sans lendemain. Si on ajoute à cela l´hypocrisie des promesses du Millénaire (réduire de moitié la faim d´ici 2015), nous avons un tableau complet de la mise en scène des pays industrialisés, qui laissent en 2011, sur le bord de la route, un milliard de personnes menacées par la faim.


    Pour éradiquer ce fléau, il suffirait de seulement 30 milliards de dollars par an. En comparaison, le budget militaire de base du Pentagone est de 533,7 milliards de dollars pour l´exercice 2010. Washington prévoit de vendre pour 46,1 milliards d´équipements et de services militaires, soit près de 50% de plus qu´en 2010. Par ailleurs, les institutions financières américaines ont distribué, pour l´année 2010, 144 milliards de dollars en seuls bonus, primes et stock-options à leurs dirigeants.



    Parlant de l´instabilité des prix, devenue structurelle, Philippe Chalmin souligne le passage du stable à l´instable avec la fin des prix producteurs pour les métaux et des marchés agricoles organisés. La volatilité de ces marchés a, une fois de plus, participé à la révolte qui a balayé l´autre rive de la Méditerranée. La «mondialisation» s´est, de même, étendue à l´ensemble de la planète.

    Mais la conscience du bouleversement n´est pas totale, estime Philippe Chalmin. «Le Printemps des peuples et malédiction des matières premières», souligne le rapport avec la vague révolutionnaire qui a emporté l´Europe en 1848. S´il ne s´agit pas, en 2011, d´émeutes de la faim, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la vie chère a fortement contribué à la naissance de ces mouvements. Et, encore une fois, ces mouvements ont eu lieu dans des pays qui se sont révélés incapables de gérer leurs richesses naturelles. (...) La situation est inquiétante pour les produits agricoles, avec des stocks de clôture en baisse, particulièrement pour le maïs. Des accidents climatiques majeurs auraient des conséquences catastrophiques, met-il en garde.

    Responsables multiples : spéculation, agro-carburant etc

     Cette flambée des prix des matières premières, en général, et des produits alimentaires a connu une accélération ces dernières années. 2010 aura été l´année de toutes les hausses. Faiblesse du dollar, croissance chinoise, spéculation, raréfaction de l´offre, sont autant de facteurs qui tirent vers le haut le prix des matières premières. La part des spéculateurs sur les marchés alimentaires explique, en partie, la hausse continue des prix depuis l´été 2010. Les produits alimentaires sont devenus des actifs financiers comme les autres.

    Difficile, également, de ne pas souligner le rôle des agrocarburants, qui ont détourné plus du tiers de la production de maïs des Etats-Unis, l´année dernière. Les Américains ont subventionné, en 2009, la transformation de 144 millions de tonnes de maïs et de centaines de millions de tonnes de blé en biodiesel et bioéthanol.

    Les terres, qui y sont donc consacrées, sont autant de terres disponibles en moins pour le soja ou le blé ; ce qui explique la hausse, corrélative, des cours mondiaux, directement liés aux prix américains. De ce fait, la part des spéculateurs, par rapport aux acteurs commerciaux (c´est-à-dire qui échangent réellement des biens agricoles), a explosé. Les produits alimentaires deviennent, ainsi, des actifs financiers comme les autres, dans une stratégie de rentabilité maximale des portefeuilles des investisseurs.

    Pour le professeur Michel Chossudovsky directeur du Centre d´analyse Mondialisation.ca, cette «mondialisation de la pauvreté», qui a annulé bon nombre des progrès de la décolonisation d´après-guerre, a commencé dans le Tiers-monde avec la crise de la dette, du début des années 1980, et l´imposition des réformes économiques meurtrières du Fonds monétaire international (FMI).

    Avec de grands pans de la population mondiale déjà bien en dessous du seuil de pauvreté, la hausse des prix des denrées alimentaires de base, qui se produit sur une courte période, est dévastatrice. Des millions de personnes, dans le monde, sont dans l´incapacité d´acheter de la nourriture pour leur survie. Ces augmentations contribuent, d´une manière très réelle, à «éliminer les pauvres» à travers «la mort par la famine.» (...)

    Un système agroalimentaire monopolistique

     

    L´escalade des prix des produits alimentaires est, en grande partie, le résultat d´une manipulation du marché. Elle est, en grande partie, attribuable à la spéculation boursière sur les marchés des matières premières. (...) Grâce à la manipulation concertée, les opérateurs institutionnels et les institutions financières font augmenter les prix. Ils placent alors leurs paris sur la hausse du prix d´un produit en particulier. La spéculation génère la volatilité du marché. À son tour, l´instabilité qui en résulte encourage la poursuite de l´activité spéculative. (...) 


    Flambée des prix des matières premières 

     

    Les famines, à l´ère de la mondialisation, sont le résultat de ces politiques. La famine n´est pas la conséquence d´un manque de nourriture. C´est, en fait, tout le contraire: les surplus alimentaires mondiaux sont utilisés pour déstabiliser la production agricole dans les pays en développement. «Pourtant », écrit Michel Chossudsky, qui dénonce le rôle des multinationales de l´agroalimentaire, « l´agriculture mondiale a, pour la première fois de l´histoire, la capacité de satisfaire les besoins alimentaires de toute la planète, mais la nature même du marché mondial de ce système ne permet pas que ça se réalise».

    Même appréciation de Jean Ziegler qui résume en quelques phrases le pourquoi de la désespérance et de l´impuissance des faibles à combattre la faim. Lui aussi cite le dumping, la spéculation, les agrocarburants: Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Près d´un milliard d´êtres humains sont gravement sous-alimentés. Un enfant qui meurt de faim est donc un enfant assassiné. Il cite aussi la dette extérieure. Au 31décembre 2009, celle des 122 pays dits du «tiers-monde», était de 2 100 milliards de dollars. La presque totalité de leurs gains, à l´exportation, est donc absorbée par les intérêts de la dette.

     

    Changer de pratique : produire local, consommer des insectes 

     

    Pour nourrir les 9 milliards d´habitants de la planète en 2050, une réforme majeure du système alimentaire mondial s´impose, alors que les récoltes de certaines régions sont menacées par le réchauffement climatique, a averti mardi 22 l´organisation humanitaire, Oxfam. Si rien n´est fait, le prix de certaines denrées alimentaires, comme le maïs, aura plus que doublé d´ici 2030, frappant en premier les plus pauvres qui dépensent déjà jusqu´à 80% de leurs revenus pour se nourrir, selon le rapport de l´ONG britannique.

    «Le système alimentaire ploie sous l´intense pression du changement climatique, de la dégradation écologique, de la croissance démographique, de la hausse des prix de l´énergie, de l´augmentation de la demande de viande et de produits laitiers, de la concurrence pour l´obtention de terres pour produire des biocarburants, de l´industrialisation et de l´urbanisation», selon le document.

    Selon l´ONG, la réforme du système alimentaire doit passer par davantage d´investissements dans l´agriculture paysanne et familiale, la valorisation des ressources naturelles, un meilleur accès aux marchés pour les petits exploitants, la lutte contre le gaspillage, d´eau notamment, et l´arrêt des subventions à la production de biocarburants dans les pays riches.

    Le rapport a, également, réclamé l´arrêt de la domination de quelques grandes multinationales sur le marché des matières premières agricoles et des semences. Prenant l´exemple de l´Inde, Oxfam a rappelé que la croissance économique y a plus que doublé entre 1990 et 2005, mais que le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 65 millions. En effet, les populations pauvres, en milieu rural, restent exclues du développement économique.

    En parallèle, l´engouement des Etats-Unis pour le bio-éthanol a conduit à utiliser 15% du maïs mondial pour en faire du carburant, même en période de forte crise alimentaire. Et l´ONG de rappeler que la quantité de céréales nécessaires pour faire le plein d´éthanol d´un véhicule 4x4 peut nourrir une personne pendant un an.

    Trop d’humains trop égoïstes

    Le plus sérieusement du monde, on dit que la FAO étudie un scénario  se basant sur une alimentation complémentaire d’insecte ! « On dit que les sauterelles frites ont un goût qui se rapproche de la crevette et que la majorité des insectes ont un goût de noisette.  Il faut savoir que plus de 95% des millions d´espèces d´insectes qui peuplent la planète sont comestibles et sont consommés quotidiennement en Afrique, en Asie et en Amérique centrale.

    Pour de nombreux spécialistes, l´élevage d´insectes nécessite beaucoup moins de ressources alimentaires et peut être une alternative intéressante pour les décennies à venir dans la mesure où cela permettrait de subvenir aux besoins alimentaires des dix milliards d´habitants de la planète
    ».


    Déjà au début des années 1960, le Rapport Meadows du Club de Rome : « Halte à la croissance » donnait le «La». Pour les experts, il fallait réduire la population. En 2100, nous risquons d´être non pas 9 mais 10 milliards d´individus dans le monde. C´est en tout cas ce que prévoit un nouveau rapport des Nations unies. « A 9 milliards, se disait-on, il faudra se serrer. Mieux, partager les ressources et les richesses. Mais à 10 milliards? Un rapport des Nations unies, publié le 3 mai penche plutôt vers une poursuite de l´augmentation. Et prévoit que 10,1 milliards d´individus arpenteront le monde en 2100. (..)


    Gaspillage des ressources

    Il semble impossible d´éviter la crise écologique globale. Tout au plus, pouvons-nous l´atténuer. C´est en tout cas la tâche à laquelle s´attelle l´association Démographie responsable. Oui, il faut en finir avec l´apologie des familles nombreuses dans les pays du Sud (et du Nord) et cela passe par l´amélioration du niveau de vie et une meilleure éducation... malheureusement ces deux derniers critères sont liés fortement à la consommation d´énergie et à la destruction de l´environnement. Alors, que faire?

    La décroissance n´est pas seulement économique, elle doit être aussi démographique. Toujours les grands mots et les grandes utopies... Mais la Terre -forêts, cours d´eau, océans....animaux sauvages- ne pourront survivre à une telle quantité d´humains qui ne sont pas prêts à sacrifier leur mode de vie à la survie de la planète et qui veulent tous un grand confort... Si les humains ne sont pas capables de limiter leur nombre, il est évident que «la nature» s´en chargera , d´une façon ou d´une autre

    En attendant la sixième extinction

    Même si, à l´heure actuelle, de nombreuses organisations alimentaires recommandent de consommer, de préférence des insectes, plutôt que de la viande, à la fois pour des considérations économiques et écologiques, il paraît difficile de changer les mentalités occidentales et de convaincre les Européens de consommer ces nouvelles espèces » .

    L’astrophysicien bien connu, Hubert Reeves, voit dans l’anomie actuelle les signes d’une apocalypse. Il écrit  «le gaspillage des ressources naturelles, les rejets de gaz carboniques et l´écart grandissant entre riches et pauvres sont en train de causer la perte de l´humanité». Il  s´en remet à une «volonté communautaire» pour que ce scénario catastrophe soit évité.

    D´après lui, la disparition de la race humaine, bien qu´hypothétique, ne peut être écartée à court terme. «On ne touche pas à des milliers d´années, on parle d´une échelle de quelques décennies». Si nous disparaissions, il s´agirait, depuis l´apparition de la vie sur terre, de la sixième extinction, la première depuis le départ des dinosaures, il y a de cela 165 millions d´années.

    Reeves nous dit que «la seule différence, c´est que, pour la première fois, une espèce disparaîtra par sa faute». Quand on y pense bien, la science qui devrait être la bouée de sauvetage de l´humanité, et, somme toute, au service de notre bien-être, deviendrait-elle le fruit de notre décadence et de notre disparition? »

     

     Le chauvinisme de la prospérité du Nord, la spéculation atroce, le détournement de la nourriture par bio-nécro-carburant interposés, pour les 4x4, et les changements climatiques de plus en plus récurrents, amènent inexorablement l´humanité au déclin. Cette anomie concerne, en priorité, les millions d´hommes de femmes et d´enfants des Sud épuisés. Ils seront les variables d´ajustements d´un eugénisme accepté tacitement dans ce XXIe siècle de tous les dangers. Manger, pour rester en vie, ou conduire, d’une façon non indispensable,  l’humanité aura à choisir…

     

     

     

     

     

    http://metamag.fr/metamag-334-La-vie-d’un-Africain-contre-un-plein-d-essence-C’est-bon-pour-la-biodiversite-et-la-sante-.html

     

     

     

    La vie d’un Africain contre un plein d'essence

     

    C’est bon pour la biodiversité et la santé

     

    Posté par: Professeur Chems Eddine Chitour le: 24/07/2011

     

     

     

     

     

    http://a34.idata.over-blog.com/0/25/97/94/economie/L_ziegler.gif

     

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    http://socio13.files.wordpress.com/2008/08/crise_alimentaire.jpg?w=460&h=337

     

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    http://homepage.mac.com/nmousseau/image-attac/ouvresoncoeur.jpg

     

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    Comment on fabrique la famine en Somalie

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Depuis les vingt dernières années, la Somalie est embourbée dans une « guerre civile » tout en étant victime d'un processus de déstabilisation économique affectant le secteur rural et urbain.  

     

     

     

    Le pays fait maintenant face à une famine généralisée. Selon les reportages, des dizaines de milliers de personnes sont décédées de malnutrition dans les derniers mois. Les vies de plusieurs millions de personnes sont menacées.

     

     

     

    Les médias occidentaux attribuent la famine à une grave sécheresse sans examiner pour autant les causes sousjacentes. 

     

     

     

    Un climat d’« anarchie et de guerres de gangs » est également présenté comme l’une des principales raisons de la famine.

     

     

     

    Mais qui est derrière l’anarchie et les gangs armés?

     

     

     

    La Somalie est rangée dans la catégorie des « États faillis », un pays sans gouvernement.

     

     

     

    Mais comment est-elle devenue un « État failli »? Il y a suffisamment de preuves indiquant une intervention étrangère ainsi qu’un appui en sous main aux milices armées. Produire des « États faillis » fait partie intégrante de la politique étrangère étasunienne. Cela relève d’un plan du renseignement militaire.

     

     

     

    Selon L’ONU, une situation de famine persiste dans le sud Bakool et Shabeellaha Hoose, des zones en partie contrôlées par Al-Shahab, une milice djihadiste affiliée à Al-Qaïda.

     

     

     

    À la fois l’ONU et l’administration Obama avaient accusé Al-Shahab d’avoir « banni les agences d’aide étrangères sur son territoire en 2009 ». Toutefois, les reportages ne mentionnent pas que Harakat Al-Shabaab al-Mujahideen (HSM) (Mouvement de la jeunesse en lutte) est financé par l’Arabie Saoudite et soutenu en sous main par les services de renseignement occidentaux.

     

     

     

    L’appui aux milices islamiques par les services de renseignement occidentaux fait partie d’une évolution historique de soutien clandestin par les services de renseignement à des filières d’Al-Qaïda et des organisations djihadistes dans de nombreux pays, incluant plus récemment la Libye et la Syrie.

     

     

     

    La question plus générale est la suivante: quelles forces extérieures ont provoqué la  destruction de l’État somalien au début des années 1990?

     

     

     

    La Somalie est demeurée autonome sur le plan alimentaire jusqu’à la fin des années 1970. Dès le début des années 1980, son économie nationale a été déstabilisée et l’agriculture vivrière anéantie.

     

     

     

    Le processus de bouleversement économique a précédé le début de la guerre civile en 1991. Le chaos économique et social résultant de la « médecine économique » du FMI était un « préalable » au déclenchement de la « guerre civile » financée par les États-Unis.

     

     

     

    Un pays entier avec une riche histoire de commerce et de développement économique a été transformé en un «territoire.»

     

     

     

    Ironie amère du sort, ce territoire ouvert englobe une richesse pétrolière significative. Quatre géants pétroliers étasuniens s’étaient déjà positionnés avant le début de la guerre civile en 1991.

     

     

     

    En filigrane du drame tragique de la Somalie, quatre grandes compagnies pétrolières étasuniennes sont installées discrètement sur une fortune potentielle en concessions exclusives afin d’explorer et d’exploiter des dizaines de millions d’acres de la campagne somalienne.

     

     

     

    Selon des documents obtenus par le [Los Angeles] Times, près des deux tiers de la Somalie ont été alloués aux géants pétroliers Conoco, Amoco, Chevron et Phillips dans les dernières années du règne du président pro-américain Mohamed Siad Barre, avant qu’il ne soit renversé et que le pays soit plongé dans le chaos en janvier 1991.

     

    Officiellement, l’administration et le département d’État insistent sur le fait que la mission militaire étasunienne en Somalie est strictement humanitaire. Des porte-paroles de l’industrie pétrolière ont rejeté en les qualifiant d’« absurdes » et d’« insensées » les allégations des experts de l’aide, des analystes vétérans de l’Afrique de l’Est et de plusieurs Somaliens éminents voulant que le président Bush, un ancien pétrolier texan, ait été mené à agir en Somalie, du moins en partie, par l’intérêt des géants des États-unis.

     

    Toutefois, des documents privés et scientifiques ont dévoilé que les compagnies étasuniennes sont en bonne position pour  prendre le contrôle et s'approprier des réserves potentielles de pétrole les plus prometteuses dès que le pays sera pacifié. Et le département d’État et des représentants de l’Armée étasunienne reconnaissent que l’une de ces compagnies pétrolières ne s’est pas seulement installée confortablement en espérant la paix.

     

    Conoco Inc., la seule compagnie multinationale ayant conservé un bureau en opération à Mogadishu au cours des deux dernières années d’anarchie sur l’ensemble du territoire, a été directement impliquée dans le rôle du gouvernement étasunien au sein de l’effort militaire humanitaire financé par l’ONU. (Cité dans  The Oil Factor In Somalia | COLUMN ONE : The Oil Factor in Somalia : Four American petroleum giants had agreements with the African nation before its civil war began. They could reap big rewards if peace is restored. - Los Angeles Times 1993)

     

    La Somalie est une ancienne colonie de l’Italie et de la Grande-Bretagne. En 1969, un gouvernement postcolonial a été formé sous le président Mohamed Siad Barre : d’importants programmes sociaux de santé et d’éducation ont été implantés et l’infrastructure rurale et urbaine a été développée au cours des années 1970.

     

     

     

    Le début des années 1980 constitue un point tournant majeur.

    Le programme d’ajustement structurel (PAS) du FMI et de la Banque mondiale fut imposé à l’Afrique subsaharienne. Les famines récurrentes des années 1980 et 1990 sont en grande partie la conséquence de la « médecine économique » du FMI et de la Banque mondiale.

    En Somalie, dix ans de médecine économique du FMI ont jeté les fondements d’une transition vers un cadre de dislocation économique et de chaos social.

     

     

     

    L’article suivant, publié en 1993 dans Le Monde Diplomatique et Third World Resurgence, est axé sur les causes historiques de la famine en Somalie.

     

     

     

    Il fut ultérieurement intégré dans mon livre Mondialisation de la pauvreté, première édition 1998 et Mondialisation de la pauvreté et le nouvel ordre mondial, 2e édition, Écosociété, Montréal, 2004.

     



    Michel Chossudovsky, Montréeal le 26 juillet 2011

     

    [Traduction du texte ci-dessus: Julie Lévesque, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM)]

     


     

    Comment on fabrique la famine en Somalie
                           

     

    Par Michel Chossudovsky     

    texte publié dans Le Monde diplomatique, 1993.              

     

     

     

    La Somalie, où les pasteurs constituaient autrefois 50 % de la population, avait une économie fondée sur l'échange entre éleveurs nomades et petits agriculteurs. En dépit des sécheresses, elle demeura presque autosuffisante en produits alimentaires durant les années 60 et 70. Au cours de la décennie 70, des programmes de transfert de populations permirent le développement d'un important secteur commercial dans le domaine de l'élevage : jusqu'en 1983, le bétail a représenté 80 % des recettes d'exportation du pays.

     

    Au début des années 80, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale imposèrent au gouvernement un programme de réformes qui mit en péril le fragile équilibre entre les secteurs nomade et sédentaire. L'une des fonctions de ce plan d'austérité était de dégager les fonds destinés à rembourser la dette contractée par Mogadiscio auprès des membres du Club de Paris et, surtout, auprès du... FMI lui-même (1).

     

    Comme le notait un rapport de mission de l'Organisation internationale du travail : "Seul parmi les principaux créanciers de la Somalie, le Fonds refuse un rééchelonnement (...) . Il aide de facto à financer un programme d'ajustement, dont l'un des objectifs majeurs est le remboursement du FMI lui-même (2)."

     

    Le programme d'ajustement structurel a accru la dépendance alimentaire, notamment dans le domaine céréalier. Entre 1975 et 1985, l'aide alimentaire a été multipliée par quinze, soit un rythme d'accroissement annuel moyen de 31 % (3). Cet afflux de blé et de riz vendus sur le marché local, s'ajoutant à l'augmentation des importations, a provoqué des migrations de producteurs et des modifications majeures dans les habitudes de consommation, au détriment des produits traditionnels, maïs et sorgho.

     

    La dévaluation du shilling somalien, imposée en juin 1981 par le FMI et suivie périodiquement par d'autres baisses de parité, entraîna des hausses des prix de tous les intrants de l'agriculture : carburants, engrais, etc. L'impact fut immédiat et désastreux sur les cultures pluviales mais aussi dans les zones irriguées. Dans les villes, le pouvoir d'achat chuta de façon dramatique, les plans de développement du gouvernement furent victimes de coupes claires, les infrastructures s'effondrèrent, les flux d'"aide alimentaire" provoquèrent l'appauvrissement des communautés agricoles (4).

     

    Au cours de la même période, une bonne partie des meilleures terres cultivables furent accaparées par des fonctionnaires, des militaires et des commerçants liés au gouvernement (5). Plutôt que de promouvoir la production alimentaire au profit du marché local, les bailleurs de fonds encouragèrent celle, dotée d'une prétendue "haute valeur ajoutée", de fruits, de légumes, d'oléagineux, de coton destinés à l'exportation et récoltés sur les plus fertiles terres irriguées.

     

    Dès le début des années 80, les prix des médicaments pour bétail augmentèrent en raison de la dévaluation. La Banque mondiale encouragea les responsables à faire payer les services vétérinaires fournis aux nomades (notamment la vaccination des animaux). Un marché privé des médicaments fut institué. Le ministère de l'élevage fut dévitalisé, ses services vétérinaires devant être totalement financés par le paiement intégral de ses prestations. Selon la Banque mondiale, "les services vétérinaires jouent un rôle essentiel dans le développement du cheptel dans toutes les régions et ils peuvent être dispensés principalement par le secteur privé (...) . Etant donné que peu de vétérinaires privés choisiront de travailler dans les zones pastorales éloignées, l'amélioration des soins du bétail dépendra aussi de "paravétérinaires" payés pour vendre les médicaments (6)."

     

    Cette privatisation des soins s'est accompagnée d'une absence de programmes alimentaires d'urgence pour les périodes de sécheresse, tandis que l'eau devenait objet de commerce, que sa conservation était négligée, de même que les pâtures. Conséquences fort prévisibles : les troupeaux furent décimés, tout comme la population pastorale. L'objectif "caché" de cette politique était d'éliminer les éleveurs nomades insérés dans un système traditionnel d'échanges. Selon la Banque mondiale, il est de toute façon bénéfique d'"ajuster" la taille des troupeaux car les pasteurs nomades de l'Afrique subsaharienne sont accusés de contribuer à la dégradation de l'environnement (7).

     

    L'effondrement des services vétérinaires a indirectement bénéficié aux pays riches : en 1984, les exportations de bétail somalien vers l'Arabie saoudite et les pays du Golfe baissèrent radicalement et les achats saoudiens se firent en Australie et dans la Communauté européenne.

     

    La restructuration du budget gouvernemental, sous la supervision des institutions internationales, a aussi beaucoup contribué à la mise à sac de l'agriculture. Les infrastructures cédèrent et les dépenses pour l'agriculture baissèrent d'environ 85 % par rapport au milieu des années 70 (8). Le gouvernement fut empêché par le FMI de mobiliser les ressources nationales ; des objectifs sévères furent fixés pour réduire le déficit budgétaire. Les pays "donateurs" fournirent de plus en plus leur aide sous forme de produits alimentaires plutôt qu'en apport financier ou en équipement. Cette aide était ensuite vendue par le gouvernement sur le marché local et les revenus ainsi dégagés (les "fonds de contrepartie") devaient financer les projets de développement. Dès le début des années 80, ces opérations représentèrent la principale source de revenus de l'Etat, ce qui permit aux donateurs de contrôler de fait l'ensemble du budget (9).

     

    Les réformes économiques ont aussi signifié la désintégration des programmes de santé et d'éducation (10). En 1989, les dépenses de santé étaient de 78 % inférieures à celles de 1975. Selon la Banque mondiale, le budget courant pour l'éducation était en 1989 d'environ 4 dollars par an pour un élève du primaire, contre environ 82 dollars en 1982. Entre 1981 et 1989, les inscriptions scolaires ont chuté de 41 % (en dépit d'une forte augmentation de la population scolarisable), livres et matériel disparurent des classes, les écoles se détériorèrent, près d'un quart des établissements primaires durent fermer.

     

    Ruine de l'économie et désintégration de l'Etat

     

    L'ECONOMIE dans son ensemble fut ainsi prise dans un cercle vicieux : les dégâts subis par les troupeaux furent cause de famine chez les pasteurs nomades qui se retournèrent vers les agriculteurs ; ceux-ci vendirent ou troquèrent leurs céréales contre du bétail. Toute l'économie pastorale fut de ce fait socialement désarticulée. De même, la chute des rentrées de devises due aux baisses des exportations de bétail et des envois de fonds par les Somaliens travaillant dans les pays du Golfe eut de graves conséquences sur la balance des paiements et les finances publiques, ce qui rendit impossible l'application des programmes gouvernementaux.

     

    Les petits paysans furent ruinés en raison des prix de dumping des céréales américaines subventionnées et de la hausse des prix des intrants. L'appauvrissement de la population urbaine provoqua elle aussi une baisse de la consommation alimentaire. Le soutien de l'Etat aux zones irriguées fut gelé et la production déclina dans les fermes d'Etat, promises à la fermeture ou à la privatisation sous les auspices de la Banque mondiale.

     

    Selon les estimations de cette dernière, les salaires réels du secteur public étaient en 1989 inférieurs de 90 % à leur niveau du milieu des années 70. Le revenu mensuel moyen était tombé à 3 dollars, accélérant la désintégration de l'administration (11). Un plan de remise à niveau des salaires du service public fut proposé par la Banque mondiale, mais cela devait se faire avec la même enveloppe budgétaire, grâce au licenciement d'environ 40 % des fonctionnaires - l'administration n'aurait plus compté que 25 000 salariés en 1995 pour une population de 6 millions d'habitants - et à la suppression des diverses primes. Plusieurs pays donateurs se sont déclarés prêts à financer le coût de ces suppressions de postes (12)...

     

    Le désastre était déjà inscrit dans toutes ces mesures qui réduisaient à néant l'Etat somalien. Pourtant, la communauté internationale des bailleurs de fonds ne fit rien pour redonner vie aux infrastructures économiques et sociales, élever le niveau de vie, reconstruire l'administration : un an avant la chute du régime du général Syad Barre, en janvier 1991, alors que la guerre civile faisait déjà rage, les créditeurs proposaient de nouvelles mesures d'ajustement qui visaient à réduire encore plus les dépenses publiques, à restructurer la banque centrale, à liquider la presque totalité des entreprises d'Etat et à libéraliser le crédit (ce qui ne pouvait qu'asphyxier le secteur privé !).

     

    En 1989, le service de la dette représentait 194,6 % des recettes d'exportation. Cette année-là, le prêt du FMI fut annulé pour cause d'arriérés, et la Banque mondiale gela pendant plusieurs mois un prêt d'ajustement structurel de 70 millions de dollars : les résultats économiques de la Somalie étaient trop mauvais (13). La renégociation de la dette ainsi que toute nouvelle avance étaient conditionnées au paiement des arriérés ! Ainsi le pays était tenu prisonnier de la camisole de force de l'ajustement structurel pour le contraindre à assurer le service de la dette. On connaît la suite : l'effondrement de l'Etat, la guerre civile, la famine et, finalement, "Rendre l'espoir".

     

    La Somalie est une expérience exemplaire, d'abord pour l'Afrique, où il existe d'autres sociétés pastorales nomades que les programmes du FMI et de la Banque mondiale s'emploient à éliminer. Plus largement, l'histoire récente de la corne de l'Afrique confirme le danger pour le tiers-monde de politiques d'ajustement qui affaiblissent l'Etat et conduisent à l'implosion et à la guerre civile.

     

    Notes

    (1) Pendant la période 1983-1985, la dette somalienne était due à raison de 20 % au FMI et à la Banque mondiale. Cf. Generating Employment and Incomes in Somalia , Jobs and Skills Programme for Africa, Organisation internationale du travail (OIT), Addis-Abeba, 1989, p. 5.

     

    (2) Organisation internationale du travail, op. cit. , p. 16.

     

    (3) Au milieu des années 80, cette aide excédait la consommation de 35 %. Lire Hossein Farzin, "Food Aid : Posititive and Negative Effects in Somalia ?", The Journal of Developing Areas , janvier 1991, p. 265.

     

    (4) Selon l'OIT, la société publique de développement agricole (State Agricultural Development Corporation, ADC) a joué un grand rôle dans le soutien aux prix élevés payés aux agriculteurs : "L'ADC a trop - et non trop peu - encouragé la production de maïs et de sorgho" ( cf. OIT, op. cit. , p. 9). Les données de la Banque mondiale, de leur côté, laissent entendre qu'il y a eu augmentation de la production de maïs et de sorgho après la déréglementation des prix en 1983.

     

    (5) Lire Somalia, Operation Restore Hope : A Preliminary Assessment , African Rights, 11, Marshalsea Road, Londres, mai 1993, p. 18.

     

    (6) Sub-Saharian Africa, From Crisis to Sustainable Growth , Banque mondiale, Washington DC, 1989, p. 98.

     

    (7) Ibid. , pp. 98 à 101. Le surpacage nuit à l'environnement mais le problème ne saurait être résolu en frappant de plein fouet le mode de vie des éleveurs.

     

    (8) De 1975 à 1989.

     

    (9) Les fonds de contrepartie furent les seules sources de financement des projets de développement, la plupart des dépenses courantes dépendant elles aussi des donateurs.

     

    (10) Le pourcentage des dépenses militaires demeura élevé mais ce poste budgétaire baissa en termes réels.

     

    (11) Les salaires du secteur public équivalaient à 0,5 % du PNB en 1989.

     

    (12) Une diminution de 40 % des effectifs du secteur public sur cinq ans (1991-1995). Selon la Banque mondiale, il y aurait 27 000 fonctionnaires en 1995.

     

    (13) La première tranche de ce prêt fut versée par l'Association internationale de développement, filiale de la Banque mondiale. La seconde fut gelée en 1990. Le prêt fut annulé en janvier 1991, après la chute du gouvernement Syad Barre.

     

     

     

    .http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=25739

     

     

     

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